Jardins à but thérapeutique, jardins d’hospitalité


"Le jardin figure le contact essentiel de l'être avec la nature, la proposition juste entre le petit monde intérieur et l'immensité du monde extérieur afin que l'équilibre soit rétabli et la sérénité atteinte".

Roberto Burle Marx

objectifs1
 
Le jardin se définit comme « un espace géographique essentiel, lieu symbolique d’une bonne nature, réduction du monde, et donc profondément civilisé » (1) apportant à la fois du « profit et de la joie aux citoyens » (2).
 
Si un jardin est source d’équilibre pour une personne sans pathologie spécifique, il l’est a fortiori pour des sujets ayant des handicaps mentaux ou physiques, séjournant de manière prolongée ou définitive dans des lieux de vie et de soins.
Le Jardin à But Thérapeutique est un espace extérieur, intégré à un établissement hospitalier ou para hospitalier (Centres hospitaliers, psychiatriques, éducatifs, pour cérébraux lésés, pour personnes atteintes d’autisme, âgées, vulnérables, fragilisées, dépendantes, handicapées, unités pour alcooliques …).
objectifs2
Il permet de préserver une perméabilité nécessaire  pour que l’établissement soit un univers à la fois clos et sécurisant mais aussi ouvert au monde et vivifiant. 
Il s’intéresse aux gens et crée des situations de bien être et de confort où les choses sont liées entre elles par des pactes extrêmement nombreux. 
Il s’agit non seulement d’offrir la possibilité de vivre dans un jardin, mais aussi de participer à sa création, à son évolution, d’en prendre soin.
Les bienfaits expérimentés à travers la jouissance de ces  jardins sont particulièrement reconnus en Grande-Bretagne, aux Etats-unis, au Canada, en Suisse et au Japon. Roger Ulrich (1945) (3) en étudia les bénéfices sur de nombreux patients du seul fait d’avoir une chambre donnant sur un parc (convalescence accéléré des patients hospitalisés après une intervention chirurgicale), la nature « possédant des vertus thérapeutiques par sa simple présence »(4).
Ces bienfaits sont multiples et vitaux :
  • l’amélioration de la qualité de vie et le bien-être de tous les usagers. On peut y expérimenter un rapport au soin, au corps, à la relation, à l’art, à la création, à la culture. Ce sont des  jardins à contempler, à vivre, pour se soigner, pour recevoir, pour s’aimer ; des jardins où l’on récolte des plantes utiles à l’homme; des jardins pour tisser des liens intergénérationnels et interculturels, concernant aussi bien le soigné que le soignant, les familles et l’environnement proche;
  • la santé des patients (qualité du sommeil, réduction des médicaments prescrits, appétit, amélioration de la fonction cognitive et de la capacité d’attention, réduction du stress et de l’angoisse, diminution de la pression sanguine, exposition aux vitamines D à travers le soleil…);
  • une qualité d’environnement de travail et un regain de motivation du personnel médical.

Les lacunes actuelles quand à l’évaluation d’objectifs scientifiquement mesurés liés à la santé laissent la porte ouverte à un certain scepticisme.

Y remédier grâce à des études portées par le corps médical permettrait de parer à de possibles discours réducteurs rendant leur présence dans tous lieux de soins incontournable.

De nombreux établissements disposent d’espaces extérieur, souvent encore zones vertes vides et désaffectées, qui  sont à même de se transformer en jardins à but thérapeutique, lieux de vie sur le sol, les toitures ou les façades, permettant ainsi «d’étudier la santé, non plus en vase clos, mais de façon globale, replaçant l’individu dans un environnement en interrelation»(5) . 
Les éléments à prendre en compte lors de la conception d’un jardin d’hospitalité et de soins sont l’adéquation au bâti, à l’environnement, aux usagers, aux pathologies rencontrées dans une démarche thérapeutique adaptée, la relation au village, à la ville.
Les principes restent les mêmes que pour tout jardin, maintenant une diversité vivante, non seulement des espèces végétales ou animales, mais aussi des pratiques de conception, d’usage, de représentation et de réalisation.
Le jardin est alors porteur de légitimité environnementale (sauvegarde de la biodiversité, valorisation paysagère), sociale (insertion et lien social), économique (fonction nourricière et de soin).
 
Les personnes qui profitent de ces jardins parlent souvent des plaisirs qu’ils leur procurent, décrivent leurs joies de voir des plantes, fleurs ou fruits, de les sentir, de les goûter, de les toucher, d’en prendre soin, de voir passer le temps au rythme des saisons, de voir les arbres, symboles de ce qui grandit et vieillit à la fois, d’être en lien avec les animaux, l’eau, de produire leur nourriture, d’en faire du commerce ou de l’échange, de créer et participer à la vie du jardin, de ses habitants, du village ou de la ville, de partager des savoirs et des expériences.
 
La tâche de l’être humain est de définir à partir des possibles, ses raisons d’être et d’agir, porté par une énergie créatrice; créer relève selon Nietzsche, de « l’exigence suprême » dans  la générosité, la capacité d’action, le désintéressement. 
L’injonction nietzschéenne de « diviniser le monde » est aujourd’hui nécessitée.
jabt pres

1 LEVY, J. Lussant, M., « Jardin » in dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, 2003.
2 MORE, T. l’Utopie ou le traité de la meilleure forme de gouvernance, Paris, Flammarion, 1987, p.144
3 ULRICH, R. 1984, View through a window may influence recovery from surgery, Science, vol. 224, pp. 420-421.
4 ANDRE, CH. 2012, Notre cerveau a besoin de nature, Cerveau & Psycho,n°54 novembre-décembre, pp. 12-13.
5 CANIARD.E, Ville urbanisme et santé, les trois révolutions, Société et Santé, ed. Pascal, p11